Souveraineté alimentaire en France : une stabilité plus nuancée qu’il n’y paraît…

octobre 24, 2024

La souveraineté alimentaire de la France, en voilà un sujet qui fait débat, ce qui n’a pas manqué d’attirer l’attention de FranceAgriMer. Au-delà du buzzword, la notion est scrutée à la loupe pour trente productions hexagonales, au prisme de trois indicateurs clés : la dépendance aux importations, le taux d’auto-approvisionnement et la capacité d’exportation. Et contrairement à toute attente, le verdict est loin d’être alarmant : si l’on n’assiste pas à un « effondrement » de la souveraineté alimentaire au cours de la dernière décennie, une « légère dégradation » est néanmoins observable. Cela dit, cette évolution globale masque des réalités bien différentes d’une filière à l’autre… Décryptage !

Stabilité de la souveraineté alimentaire en France

FranceAgriMer a récemment levé le voile sur l’état de la souveraineté alimentaire en France, à l’occasion du Salon de l’agriculture en février 2023. L’étude menée en 2022 apporte un éclairage nuancé sur ce concept, défini comme « la capacité d’autodétermination d’un Etat sur les systèmes alimentaires de son territoire ». Pierre Claquin, de FranceAgriMer, simplifie cette définition : « En gros, c’est la capacité à maîtriser l’acte productif et les éléments de consommation pour nourrir les habitants ». Quelle que soit la définition qu’on en donne, la souveraineté alimentaire est une question stratégique, raison pour laquelle Stéphane Layani insiste sur sa préservation dans un article du Figaro.

Contrairement à une quête d’autarcie, la souveraineté alimentaire implique une gestion éclairée des dépendances externes au commerce international. C’est cette dimension qui a été scrutée à travers l’analyse de trente produits emblématiques de l’agriculture française, selon trois indicateurs clés. Le premier, la dépendance aux importations, mesure l’importance des importations dans la consommation alimentaire des Français. Vient ensuite le taux d’auto-approvisionnement, qui évalue la capacité de la production nationale à couvrir les besoins intérieurs (production/consommation). Le troisième indicateur, la capacité d’exportation, bien que moins évident à première vue, joue un rôle prépondérant, en cela qu’il mesure la dépendance aux marchés d’exportation.

La France dépendante du commerce international

L’analyse de FranceAgriMer met en lumière la position de la France vis-à-vis de son auto-approvisionnement et de sa dépendance au commerce international : « A date, on est en capacité apparente de couvrir la consommation nationale pour dix-sept produits ». Parmi eux, treize affichent un taux d’auto-approvisionnement supérieur à 110 %, incluant des productions variées comme l’orge, le blé, le sucre, ou encore les yaourts. A l’inverse, certains produits tels que le soja, les ovins, et les denrées tropicales ne parviennent pas à atteindre un taux de 75 %, révélant une forte dépendance à l’importation pour ces catégories.

La France brille particulièrement dans l’exportation de produits laitiers, de vin, de sucre, de pommes de terre, et de blé dur, ce dernier étant majoritairement exporté en grains mais réimporté sous forme de pâtes. En ce qui concerne les autres céréales, la tendance s’inverse : le pays se montre « globalement très dépendant aux exportations mais peu aux importations », ce qui révèle une stratégie commerciale externe solide. Néanmoins, pour les produits tropicaux, l’importation demeure inévitable.

Sources :
https://www.franceagrimer.fr/content/download/70677/document/ETU-2023-SOUVERAINETE_ALIMENTAIRE.pdf
https://www.info.gouv.fr/upload/media/content/0001/09/7ae0f66dc755fa17e9a39eb6803da6e6f5310ba4.pdf