Manque de dentistes : une régulation pour rééquilibrer le jeu

décembre 30, 2024

Le 1er janvier 2025, c’est une petite révolution qui s’annonce pour les chirurgiens-dentistes en France. Un changement de règles du jeu, pensé pour répondre à un problème qui gangrène notre système de santé : les déserts médicaux. Certaines régions manquent cruellement de praticiens, tandis que d’autres croulent sous les cabinets dentaires. L’Assurance maladie et les syndicats ont donc signé, en juillet 2023, une convention qui pourrait bien tout bousculer. Alors, coup de génie ou réforme bancale ? Décryptage avec Geoffrey Migliardi !

La règle du « 1 pour 1 », un « mercato » dentaire sous contrôle

La grande nouveauté de cette régulation ? La mise en place d’une règle stricte dans les zones déjà bien dotées en dentistes : le fameux « 1 pour 1 ». En clair, si un praticien veut s’installer dans un territoire considéré comme « non prioritaire », il devra attendre qu’un autre dentiste fasse ses valises. Une sorte de mercato où chaque départ ouvre une porte, mais pas avant.

Mais cette réforme ne se limite pas à freiner l’installation en zones surchargées, elle vise aussi à attirer les dentistes là où ils manquent cruellement. Dans les zones très sous-dotées, les aides financières seront renforcées, passant de 25 000 à 30 000 euros pour inciter les praticiens à franchir le pas. Une carotte bienvenue pour motiver les réticents à s’installer dans des régions souvent perçues comme peu attractives.

Les zones concernées : où se situe votre région ?

Si vous vous demandez si votre région sera touchée par ces nouvelles règles, sachez que la réponse dépend des données fournies par les Agences régionales de santé (ARS). Et là, petit hic : toutes ne sont pas encore prêtes. Des régions comme la Bretagne, les Hauts-de-France, l’Île-de-France ou encore Provence-Alpes-Côte d’Azur n’ont pas finalisé leurs évaluations. Autant dire que l’application de la réforme pourrait être un peu chaotique au départ.

Pour les régions qui ont déjà fourni des données, voici un premier aperçu. En Auvergne-Rhône-Alpes, seuls certains quartiers de Lyon et des villes comme Meylan ou Saint-Fons seront soumis à la régulation. La Bourgogne-Franche-Comté, largement touchée par le manque de praticiens, ne voit la règle s’appliquer qu’à des exceptions comme Dijon ou Charnay-lès-Mâcon. Quant au Grand Est, des zones comme Strasbourg et Haguenau sont concernées, tandis que des départements entiers, comme l’Aube, restent désespérément sous-dotés.

Une réforme qui révèle des incohérences

Toute réforme ambitieuse s’accompagne de son lot de paradoxes, et celle-ci n’échappe pas à la règle. Prenons l’exemple de Nice : certains quartiers de la ville seront soumis à la régulation, tandis qu’à deux pas, à Villefranche-sur-Mer, un dentiste pourrait toucher jusqu’à 50 000 euros d’aides pour s’installer. Cherchez l’erreur.

Ces incohérences soulignent les limites d’une approche uniforme pour un problème complexe. Heureusement, la convention prévoit une mise à jour de la cartographie des besoins tous les deux ans, histoire de réajuster le tir et de corriger les anomalies. Mais en attendant, certains praticiens risquent de se retrouver coincés entre deux logiques contradictoires.

Pourquoi cette réforme était indispensable

Le constat est sans appel : l’accès aux soins dentaires est devenu un luxe dans de nombreux territoires. Obtenir un rendez-vous peut relever de l’exploit, et pour certains Français, notamment dans les zones rurales, les soins dentaires sont tout simplement hors de portée. Cette réforme, bien que perfectible, marque une première étape dans la lutte contre cette inégalité flagrante.

Les déserts médicaux, ce n’est pas seulement un problème de chiffres. C’est aussi une question de santé publique. Des problèmes dentaires non traités peuvent avoir des conséquences graves sur la santé générale, notamment cardiovasculaire. Bref, ne pas voir un dentiste pendant des années, ce n’est pas anodin.

Entre espoirs et critiques

Sans surprise, tout le monde n’applaudit pas cette régulation. Certains professionnels dénoncent une entrave à la liberté d’installation, un pilier du système libéral français. D’autres estiment que les aides financières, bien que revues à la hausse, restent insuffisantes pour compenser les défis d’une installation dans des zones isolées. Mais il faut être honnête : pouvait-on vraiment continuer ainsi ? La concentration des cabinets dans les grandes villes, au détriment des zones rurales, a créé une fracture qu’il était urgent de combler. Cette réforme, même si elle ne fait pas l’unanimité, a le mérite de poser les bases d’un rééquilibrage.

Mais si la régulation est un premier pas, elle ne résoudra pas tous les problèmes. La vraie solution passera aussi par une revalorisation du métier de chirurgien-dentiste, notamment pour les jeunes diplômés, qui hésitent souvent à s’installer dans des zones rurales faute de conditions de travail attractives. L’Etat devra également veiller à ce que les ARS fournissent des données fiables et actualisées, afin que la cartographie des besoins reflète réellement la réalité du terrain. Sans cela, le risque est grand de voir la réforme se heurter à des résistances ou à des dysfonctionnements.