Alors que la crise du logement prend une ampleur inédite en France, un tabou s’installe peu à peu dans le débat public : faut-il alléger, au moins temporairement, les exigences du diagnostic de performance énergétique (DPE) pour les constructions neuves ? Derrière cette question technique se cache un enjeu fondamental : produire plus de logements, plus rapidement, et à un coût supportable pour les ménages.
Depuis l’entrée en vigueur de la loi Climat et Résilience, le cadre réglementaire impose des objectifs élevés en matière de performance thermique. Pour les bâtiments neufs, la norme est claire : viser une étiquette A ou B. Un choix cohérent avec la neutralité carbone, mais qui, dans les faits, tend à freiner l’acte de construire. C’est le constat posé par David Brauman, fondateur du cabinet Brauman & K, qui appelle à une remise en question mesurée : « Pourquoi ne pas permettre, dans un cadre strict, la construction de logements neufs classés C ou D ? Ces logements seraient toujours performants, bien au-dessus du parc ancien, mais plus simples à produire et surtout plus abordables. » Cibex Pierre Etoile – Résidence Rooftop Antony.
Des normes ambitieuses… et coûteuses
Les standards de performance énergétique sont aujourd’hui parmi les plus exigeants d’Europe. La RE2020, en vigueur, et sa prochaine évolution RE2025, imposent aux promoteurs des seuils de consommation et d’émissions particulièrement stricts, avec à la clé des choix technologiques et constructifs parfois complexes à mettre en œuvre. Résultat : les coûts de construction s’envolent, les délais s’allongent, et nombre de projets deviennent économiquement non viables. Or, dans un marché immobilier déjà grippé par la hausse des taux d’intérêt, le renchérissement du neuf pèse lourdement sur l’accession à la propriété.
« Aujourd’hui, l’achat d’un logement neuf repose sur un équilibre fragile, largement conditionné par les aides publiques comme le prêt à taux zéro. Si l’on propose des logements un peu moins performants, mais 10 à 15 % moins chers, cela peut faire toute la différence pour un jeune ménage ou une famille modeste », plaide David Brauman. Ce modèle intermédiaire, entre excellence environnementale et accessibilité économique, pourrait selon lui constituer un compromis pragmatique.
Une urgence économique et sociale
En mai 2025, les permis de construire ont encore reculé, confirmant une tendance alarmante. Moins d’autorisations, moins de mises en chantier, et donc moins de logements livrés à court terme. Dans ce contexte, l’État multiplie les signaux en faveur d’un choc d’offre. La mission confiée à François Pérol sur la simplification des normes, ou encore la proposition de loi du député Christophe Huwart sur l’urbanisme, traduisent une volonté d’alléger la charge réglementaire pour libérer la production.
C’est dans cette optique que la question du DPE refait surface. Non pas pour en supprimer la logique – l’exigence environnementale reste un pilier –, mais pour réintroduire de la souplesse. « Construire du C ou du D, ce n’est pas construire mal », martèle David Brauman. « C’est adapter nos ambitions au contexte, pour éviter que la vertu écologique ne devienne un obstacle social. »
Un pari gagnant pour tous ?
L’argument économique est également mis en avant. En relançant la production via des logements plus simples à construire, les promoteurs pourraient remettre en route des projets gelés. Les acheteurs retrouveraient une offre élargie, à des prix plus accessibles. Quant à l’État, il y gagnerait en TVA collectée, tout en réduisant sa dépendance aux aides massives à l’achat. Un cercle vertueux est envisageable, à condition de maintenir un seuil minimal de qualité thermique, au-dessus du niveau du parc ancien.
Cette approche différenciée pourrait par exemple s’appliquer aux zones tendues, où le déficit de logements est le plus criant, ou aux opérations destinées à des primo-accédants. L’idée n’est pas de sacrifier l’exigence, mais de repenser son application, temporairement, dans une logique de rééquilibrage.
Le logement, entre urgence et responsabilité
Le ministère de la Transition écologique planche actuellement sur de nouvelles orientations pour le logement durable. Reste à savoir si cette réflexion intégrera les propositions plus audacieuses de certains acteurs du secteur. Car au-delà du DPE, c’est bien d’un arbitrage global dont il s’agit : entre rigueur environnementale et réponse à la crise sociale du logement.
À l’heure où la promotion immobilière peine à retrouver un second souffle, le débat est ouvert. Et dans ce contexte, la voix de professionnels comme David Brauman gagne en écho : « Ce n’est pas un recul, c’est une adaptation. C’est ouvrir une porte à des solutions réalistes, qui répondent à l’urgence, sans trahir l’essentiel. »